Vous avez déjà beaucoup d’éléments à votre disposition sur ce site puisque tout est dit dans ma musique! Tout exprime, non ? Je vais pourtant encore préciser un peu sur cette page (que j'ai longtemps hésité à rédiger), du moins dans le domaine du thème abordé dans ce site.
J’ai découvert le kundalini yoga il y a une dizaine d’années. Avant, la spiritualité n’existait pas pour moi. Non pas que je ne connaissais pas l'existence du mot, mais il avait glissé sur ma vie sans l'accrocher. Je pense que si l’on m’avait demandé à cette époque ce que signifiait ce mot, j’aurais sans doute répondu qu’il devait englober tout ce qui à affaire à Dieu. Mais comme le mot Dieu n’avait aucun sens non plus, ça me renvoyait à la case départ. Je crois que j'avais senti (entouré de "croyants"), que ceux qui s’occupaient de Dieu avaient un problème profond qui les avait poussé à l'agripper par la manche, en pensant que lui au moins, pourrait sûrement s’occuper d’eux. J’avais donc fait ensuite cette association : on se tourne vers Dieu quand on a des problèmes. Et comme je n’avais pas envie d’avoir des problèmes, je préférais que Dieu n’existe pas.
Pourtant, j’avais découvert la méditation mais, comme tous les enfants sans doute, sans savoir que s’en était... et sans savoir non plus qu’elle était en fait très proche de « Dieu » (Dieu n'étant pas supposé être un personnage quelconque surpuissant, mais une intelligence omniprésente dont la caractéristique principale serait d'appuyer ses "actions" sur la base d'une créativité absolue).
Donc, je n’ai découvert la méditation qu’il y a une dizaine d’années, suite à deux principaux chocs : un séjour à la Dominique (pas la République Dominicaine), et au départ d’une femme (on en revient toujours au même), les deux étant en lien étroit.
J’avais projeté avec cette femme de tout quitter, et de partir quelque part dans le monde essayer quelque chose de plus envoutant que ce que la vie nous proposait jusque là (j'avais arrêté la musique et je cherchais une autre direction à prendre) . Je pose donc trois semaines de congés, et une demande pour une année sabbatique. Puis on cherche un endroit sur la planète pour vivre notre aventure.
On fouille la médiathèque ... et on trouve la Dominique, petit île volcanique recouverte d’une forêt vierge tombant dans la mer, la capitale s'appelle « Roseau », petit agglomérat de cabanes au toits de tôles. On lit dans les bouquins que les indigènes vivent simplement, et que la tôle c’est pour permettre aux cyclones de jouer leur rôle parce que c’est dans la nature des choses de détruire pour reconstruire, et qu’il ne faut pas luter contre la nature… Bref, épatant, enfin des gens qui ne pensent pas qu'à se protéger de tout.
L’idée c’était donc d’y aller d'abord trois semaines en vacances pour voir, puis une année sabbatique pour essayer notre truc, et si le tout nous montrait que c’était jouable, d’y finir définitivement nos jours. On prend l’avion, puis un petit coucou, et on atterrit en pleine jungle à la Dominique.
C’est là que pour moi tout à basculé. Les habitants n’avait rien pour vivre (au sens occidental du terme, car en fait ils avaient tout), et ce rien ils nous l’offraient, avec une joie et un détachement qui ont radicalement effrité un des solides piliers sur lequel je me tenais glorieusement depuis toujours : « tout va bien je suis super, si vous avez besoin d’un renseignement sur n'importe quoi, demandez moi ». En fait, j’avais eu l’impression de rencontrer les premiers êtres humains de ma vie. Et par la même occasion, celle de m’extraire de cette catégorie : j’étais un monstre c'était clair, et je suis descendu sans pouvoir rien faire, dans des soutes qui renfermaient une collection de facettes horribles de moi-même, et dont je n’avais absolument pas soupçonné l’existence jusque là, bien au contraire. Néanmoins, on a passé de « bonnes vacances », l’endroit nous plaisait, le projet était jouable.
On retourne en France, et mon amie m’annonce qu’elle me quitte. Le plancher des soutes dans lesquelles j’avais basculé à la Dominique s’ouvre à son tour, et je chute encore d’un étage, là où les monstres deviennent vraiment terriblement terrifiants : je reconnais l’enfer (une vieille mémoire sans doute). Le choc me plonge du matin au soir dans des douleurs au ventre dont je pensais à l'époque que je n'en sortirais pas vivant. Et je dois effectivement avoir l’air d’un fantôme cancéreux, car une amie, impressionnée par le spectacle, me donne sans explication une photocopie avec trois postures de hâta yoga (merci Dev Surya).
En rentrant chez moi j’ai fait les trois postures, qui ont commencé à me prendre par le col pour tenter de me désengluer de l’enfer dans lequel j’étais piégé. Ce n'était sûrement pas le paradis, mais ça a soulagé un peu la douleur. C’était bon, et surtout, j’y ai reconnu des sensations de joie de mon enfance. J’ai pratiqué ces trois postures autant que j’ai pu.
Puis je me suis dit qu’il devait y en avoir d’autres, alors j'ai pris l’annuaire et j’ai cherché « Yoga ». Le lendemain je mettais un premier pied dans une école initiatique pour y prendre mon premier cours de Kundalini Yoga.
Le kundalini Yoga, des postures très dynamiques entrecoupées de phases de relaxation très courtes, un rythme anodin somme toute, favorisant finalement une désinvolture qui est à mon avis un des atouts majeur de ce yoga : ça ressemble tellement à la vie de tous les jours, on cours on danse, on dort (ou métro, boulot, dodo), que rien ne se méfie.
Et le cours se termine... Le professeur vient vers moi, me demande si ça s’est bien passé. Je réponds "oui, très bien" je me sentais juste un peu bizarre. Je me mets à genoux pour plier ma couverture, je plie ma couverture, tout me semble étrangement très lent. Il y a quelque chose qui a ralenti ? Ou qui s’est posé et qui courrait jusque là ? Et puis sans prévenir je me mets à pleurer, doucement. Pendant combien de temps ? Un temps. Puis je suis parti.
Je me suis inscrit ensuite aux cours de Kundalini yoga deux fois par semaine. Et puis, fasciné par ces gens qui y avait fait leur chemin, j’ai demandé s’il y avait des auteurs qui parlaient de tout ce qui était proposé dans cette école. On m’a répondu que oui, et qu’il s'appelait Osho Rajneesh. J’ai noté l’orthographe (pas facile), et j'ai acheté le « livre des secrets », dans lequel j’ai trouvé un petit exercice qui a encore tout bousculé un peu plus. C’était une phrase qui disait : « Vous regardez un arbre (ou n’importe quoi d’autre, bien entendu), il y a l’arbre, il y a vous. Ne sentez-vous pas qu’en vous quelque chose vous regarde en train de regarder l’arbre ? ».
J’ai fermé le livre et j’ai essayé ce truc immédiatement tellement cette bête phrase m'avait aspiré. Deux questions ont ensuite émergé : « qui, à l’intérieur de moi, me regarde regarder l’arbre ? » Et tout de suite après : « Est-il possible que je puisse être ce que je peux observer ? ». Ces deux questions m’ont procuré un vertige qui a mis longtemps à s’estomper. C’était tout un univers qui s’ouvrait, et surtout tout un autre qui commençait à se dissoudre.
Ensuite, mon année sabbatique ayant été acceptée, j'ai dû partir en vadrouille au gré des vents. Durant cette année j'ai participé à un stage de yoga près de Bordeaux dont les trois derniers jours sont consacrés à la pratique du tantra blanc, auquel les jours précédents préparent. Régime alimentaire du "feu de dieu", Kundalini yoga dès 5 heure du matin, journées surchargées d’activités orientées vers une meilleure connaissance de soi, les rencontres, bref, toute une alchimie qui me met finalement encore dans un état étrange. Et puis le tantra blanc. Je m’assoie en face d’une partenaire et je vois bien qu’il se passe quelque chose de plus en plus étrange (merci Prem Devi). Difficile de dire quoi, j’avais l’impression qu'un lion m’habitait, et qu'il m’avait entre autre fait don de sa terrible faculté à fixer profondément un point sans ciller, sans penser. Ce pouvoir de concentration sans limite dont semblent naturellement doté les félins. Les exercices se suivent avec une limpidité et une facilité étonnante, et le tantra blanc se termine, après une somme de sensations et d'expériences hors normes. Et après les trois jours de Tantra blanc je me suis dis c’est cool, je suis illuminé! J’ai fini mon chemin.
Et ça a continué ! Pendant les mois qui suivent, il me suffit de prendre conscience de mon regard ou de ma poitrine, pour que s’éveille une émotion qui ressemblerait un peu à la nostalgie que pourrait provoquer le fait de reprendre contact avec un amour remontant à la nuit des temps, et dont on ne se souvenait plus de l’existence. Je me levais le matin en souriant parce qu’une nouvelle journée commençait, et je me couchais le soir parce qu’il le fallait bien, et parce que je savais qu’au réveil une autre journée serait encore là. C’était le paradis (sans doute une vieille mémoire). En plus, toutes ces pratiques tantriques m’avaient doté de pouvoirs dont je ne vais pas faire l'étalage ici, mais qui m’exaltaient. C’était incroyable, j’avais fait trois jours de tantra blanc et j’étais illuminé. Ca a duré des mois.
Et puis j’ai senti que tout cela commençait à décliner. J'ai alors intensifié ma pratique, deux kriyas (ensemble de postures) par jour dont un au lever du soleil, quatre cours par semaine, ma vie était un stage de Kundalini yoga. Mais rien à faire, tout était bel et bien en train de foutre le camp.
Ensuite j'ai commencé à comprendre que c’est moi qui générais ce processus. Quelque chose à l'intérieur de moi disait non, et déclenchait une lute aux antipodes de l’état recherché par l'autre partie qui disait oui. Laquelle avait raison? C’était terrifiant. J’essayais d’étouffer mon désir de retrouver le paradis puisque que je sentais bien que ce désir était l’obstacle, mais ça revenait à vouloir stopper la volonté avec la volonté, ce qui avait constitué en fait un autre enfer.
Aujourd’hui je sais que la méditation ne peut donner de fruits profondément apaisants que lorsqu’elle n’a pas d’objectif, même les plus louables, on ne peut forcer la nature. Cela peut marcher un temps et donner quelques résultats non négligeables bien sûr, mais aucunement comparables à ceux obtenus dans l’abandon. C’est là que j’ai compris aussi que la vie pouvait avoir des aspirations mystérieuses auxquelles on avait pas pensé.
Bref, pour finir, j'ai compris que je ne pouvais pas décemment tenter de baser ma vie sur l'existence d'une intelligence qui sait, sans lui laisser la plus grande part possible de manœuvre. Alors seulement, quelque chose a petit à petit encore abandonné. Je n’ai aucunement l’intention d’être sans désir et de laisser tout faire par cette intelligence dont je postule l'existence, ce qui est aussi sans doute un piège, comme tout d'ailleurs. Tout est un piège! Et vouloir les éviter en est encore un autre. Il faut vivre, de tout son être. Les pièges sont des pièges, mais également n'en sont pas, ils balisent la vie. Vouloir les éviter vous fera rater la vie.
Non, simplement, je laisse à l’intérieur de moi une place libre autant que je peux "je" laisse un espace, et si quelque chose veut s'y glisser, grand bien lui fasse.
C’est ici que le célèbre « il n’y a rien a faire » d'Osho, prend pour moi tout son sens. Non qu’il ne faille rien faire, bien au contraire ! Mais plutôt que ce qu’il y a à faire, c’est rien (on considère ici que penser est un acte). Tout en gardant à l’esprit que l’on ne peut pas réaliser cela de son propre gré car « faire rien" est impossible (rien étant l’opposé de faire). Et c’est le principe du miracle, que quelque chose d’impossible se réalise, de lui-même. Et là, ce qui se fait, c’est « rien ». Il n'y a rien a faire donc, "mais si vous ne faîtes rien, il ne ce passera rien" ajoutait encore Osho. "La guérison est un processus auquel il faut participer activement" (A.Sharabi). Pourquoi? La nature fonctionne avec une loi que l'homme a appelée l'inertie. L'inertie, c'est cette tendance qu'on les choses à continuer de faire ce qu'elle sont en train de faire. Si vous pousser une bille sur le sol elle roule. C'est l'inertie, on y est fortement habitué aussi on ne trouve pas cela très extraordinaire, mais la logique voudrait que la bille stoppe sa course dès le moment où on la lache. Mais elle continue, jusqu'à ce que la force qui la meut ne soit plus suffisante. Alors elle s'arrête. Et une fois qu'elle s'est arrêté, elle reste arrêtée, c'est aussi l'inertie : elle continue de faire ce qu'elle était en train de faire. Elle est arrêtée, alors elle reste arrêtée. elle continue. Le développement de l'être fonctionne sur le même principe. Des tas de raisons font que l'homme d'aujourd'hui est arrêté. Les diverses pratiques dans lesquelles vous vous impliquez pour vous épanouir au-delà du Moi, vont lancer un processus. Tant que ce processus n'a pas accumuler plus d'énergie que la force qui plombe l'être humain depuis quelques milliers d'années (voir les "légendes" qui relatent la vie des êtres dans leur plein potentiel), dès que vous arrêtez, la bille roule encore un peu puis s'arrête. Par contre, lorsque votre potentiel est fermement activé, alors seulement il n'y a rien à faire. Et même plus, ce qu'il vous incombe de faire, c'est rien. Et dans ce rien, tout enfin apparaît. Il me semblait important de développer un peu ce thème.
Aujourd’hui, je n’ai jamais retrouvé l’état paradisiaque initial. Et bien que cela puisse paraître étrange, je ne me le souhaite pas. J’ai trouvé ma petite lampe au bout de ce périple incandescent, et ne l’échangerais pour rien au monde. Une petite lumière sûrement fragile, que je protège en lui offrant un peu de ma présence. Tout cela est fragile je le répète, et l’ego prend certainement toujours sa part au passage ! Mais je laisse tout ça un peu tranquille... et avec lui tout ceux qui nous bassinent avec cette idée de s'en débarrasser : ce qui est encore une manière de séparer l’individu, avec d’un côté ce qui est bien et de l’autre on sait bien quoi. L’ego c'est votre enfant blessé. Que pensez-vous qu’il va devenir si chaque fois qu’il se montre vous lui dites qu’il est vraiment laid ?
... et une petite video initiatique pour ceux qui on du mal à croire qu'autre chose est possible...
si vous avez quelques instants (6'40) à ne pas perdre.