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 Qui suis-je?


Prem Rama Quand j'ai rencontré le Kundalini yoga il y a 13 ans, la spiritualité n'existait pas pour moi. J'avais cependant je crois expérimenté la méditation, sans toutefois savoir que s’en était... et sans savoir non plus qu’elle était en fait très proche de « Dieu » (Dieu n'étant ici pas supposé être quelqu'un, mais une sorte de mystère motivant ses "actes" sur la base d'une créativité absolue).

Ma rencontre avec le yoga est la suite d'un séjour à la Dominique et du départ d’une femme. Je vivais avec elle depuis 10 ans quand on a projeté de tout laisser tomber pour essayer quelque chose de plus sauvage. Je prends une année sabbatique et on cherche un endroit sur la planète. On fouille la médiathèque et on trouve la Dominique, petit île volcanique recouverte d’une forêt vierge tombant dans la mer, la capitale s'appelle « Roseau », un agglomérat de cabanes aux toits de tôles. On lit dans les bouquins que les indigènes vivent simplement, et que la tôle c’est pour permettre aux cyclones de jouer leur rôle parce que c’est dans la nature des choses de détruire pour reconstruire, et qu’il ne faut pas luter contre la nature… ça nous a parlé.

L’idée c’était d’y aller d'abord trois semaines pour voir, puis  ensuite une année entière, d'y acheter une barque  et de vendre le poisson sur le marché. Si le tout nous montrait que c’était jouable, on y finirait simplement nos jours.
On prend l’avion puis un petit coucou, et on atterrit en pleine jungle. Et c'est là que tout bascule. Je me rends compte que les habitants n'ont rien pour vivre (au sens occidental) et que ce rien ils me l’offraient avec un plaisir qui a radicalement bousculé un pilier sur lequel je me tenais depuis toujours : « tout va bien je suis super, si vous avez besoin d’un renseignement sur n'importe quoi, demandez moi ».
En fait, j’ai cru rencontrer mes premiers êtres humains, ce qui m'extrayait du même coup de cette catégorie : j’étais un monstre. Je suis alors descendu dans des soutes qui m'ont présenté une collection de facettes horribles de moi-même. Néanmoins, on a passé de « bonnes vacances », l’endroit nous plaisait, le projet était jouable.
 
On retourne en France mais mon amie m’annonce qu’elle me quitte (se rendre compte que l'on vit avec un monstre doit pouvoir expliquer cela). Là j'ai vu l’enfer (une vieille mémoire sans doute). Le choc m'a plongé du matin au soir pendant des mois dans des douleurs au ventre dont je pensais que je n'en sortirais pas vivant. Et je dois effectivement avoir l’air d’un fantôme cancéreux, car une amie me tend un jour une photocopie avec trois postures de hâta yoga.
En rentrant je fais les trois postures. Et ça a soulagé un peu la douleur. C’était bon.
J’ai pratiqué ces trois postures autant que j’ai pu.

Puis je me suis dit qu’il devait y avoir d’autres postures, alors j'ai pris l’annuaire et j’ai cherché « Yoga ». Et le lendemain je prenais mon premier cours de Kundalini Yoga.
A la fin du cours le professeur vient vers moi et me demande si ça s’est bien passé. Je réponds "oui, très bien" je me sentais juste un peu bizarre. Je me souviens, je me suis mis  à genoux pour plier ma couverture, tout semblait étrangement très lent. Quelque chose a ralenti ? Et je me suis mis à pleurer, doucement, de longues larmes. Combien de temps ? Un temps. Et je suis parti. Le kundalini Yoga est quelque chose d'étranges, des postures très dynamiques entrecoupées de phases de relaxation très courtes, dans un rythme anodin somme toute, favorisant finalement une désinvolture qui est à mon avis un des ces atouts majeurs : ça ressemble tellement à la vie, on court on danse, on se repose, que finalement rien ne se méfie. Et c'est peut-être quand on ne se méfie plus que tout devient alors possible.

Je me suis inscrit aux cours deux fois par semaine et j'ai remonté la pente à fond. Puis j'ai lu le « livre des secrets » d'Osho Rajneesh, dans lequel j’ai trouvé une petite phrase qui a encore tout bousculé un peu plus. Elle disait : «  Vous regardez un arbre (ou n’importe quoi d’autre, bien entendu), il y a l’arbre, il y a vous. Ne sentez-vous pas qu’en vous quelque chose vous regarde en train de regarder l’arbre ? ».
J’ai fermé le livre et j’ai essayé ce truc immédiatement et un espace s'est brusquement ouvert devant moi. Deux questions ont alors émergé : « qui peut bien, à l’intérieur de moi, me regarder regarder l’arbre ? » Et tout de suite après : « Est-il envisageable que je puisse être ce que je peux observer ? ». Ces deux questions ont procuré un vertige qui a mis longtemps à s’estomper. C’était tout un univers qui s’ouvrait, et surtout tout un autre qui commençait à se dissoudre.

Ensuite, la Dominique abandonnée mais mon année sabbatique acceptée, j'ai dû partir en vadrouille au gré des vents. Durant cette année j'ai participé à un stage de kundalini yoga, et dont les trois derniers jours sont consacrés à la pratique du tantra blanc, auquel les jours précédents préparent : régime alimentaire du "feu de dieu", Kundalini yoga dès 5 heures du matin, journées surchargées d’activités orientées vers une meilleure connaissance de soi, les rencontres... Et puis le tantra blanc, je m’assoie en face d’une partenaire. Difficile de dire, un pouvoir de concentration inhabituel. Les exercices se suivent avec une limpidité, une puissance et une facilité étonnante qui ont fait exploser les lampes à l'intérieur de moi. Je me suis dis c’est cool, je suis illuminé!
 
Pendant les mois qui ont suivi il me suffisait de prendre conscience de mon regard  ou  de ma poitrine, pour que s’éveille une sensation qui ressemblerait un peu à la sensation d'être en contact avec un amour remontant à la nuit des temps. Je me levais le matin en souriant parce qu’une nouvelle journée commençait, je me couchais le soir parce qu’il le fallait bien, et parce que je savais qu’au réveil une autre journée serait encore là. C’était le paradis (sans doute une vieille mémoire). C’était incroyable, j’avais fait trois jours de tantra blanc et j’étais illuminé. Ca a duré des mois.

Et puis ça a décliné. J'ai  intensifié la pratique mais rien à faire, tout était bel et bien en train de doucement foutre le camp. Alors j'ai compris que c’est moi qui générais ce processus. Quelque chose à l'intérieur de moi ne voulait pas de ça. J’essayais d’étouffer mon désir de retrouver ce paradis qui s'estompait parce que je sentais bien que c'était ce désir qui constituait l’obstacle, mais ça revenait à vouloir stopper la volonté avec la volonté, ce qui créé en fait un nouvel enfer. Aujourd’hui je sais que la méditation ne peut donner de fruits profondément apaisants que lorsqu’elle n’a pas d’objectif, même les plus louables, on ne peut forcer la nature. C’est à cette période que j’ai également compris que la vie pouvait avoir des aspirations mystérieuses auxquelles on n'avait absolument pas pensé.
 
Pour finir, j'ai aussi compris que je ne pouvais pas baser ma vie sur la foi dans une intelligence qui sait, sans lui laisser la plus grande part possible de manœuvre. Alors quelque chose a petit à petit abandonné. Je n’ai aucunement l’intention d’être sans désir personnels comme l'enseignait Gautama (j'aime le désir), je pense que c'est un piège, comme tout d'ailleurs. Tout est un piège, la vie est un piège, le piège c'est la vie! Et vouloir les éviter et un autre piège c'est tout. Les pièges sont des balises, il n'y a rien a faire. Non qu’il ne faille rien faire, bien au contraire ! Mais plutôt que ce qu’il y a à faire, c’est rien (et on considère ici que penser est un acte). En théorie, "ne rien faire" est impossible (rien faire étant l’opposé de faire). Et pourtant.... Il n'y a rien a faire. "Mais si vous ne faîtes rien, il ne ce passera rien" disait Osho, ou : "La guérison est un processus auquel il faut participer activement"  (A.Sharabi).
L'inertie, c'est la tendance qu'on les choses à continuer de faire ce qu'elles sont en train de faire. Si  on pousse une bille elle roule. C'est l'inertie, on y est fortement habitué aussi on ne trouve pas cela très extraordinaire, mais la logique voudrait que la bille stoppe sa course dès le moment où on la lache. Mais elle continue, jusqu'à ce que la force  ne soit plus suffisante. Et une fois qu'elle est arrêté, elle reste arrêtée, c'est aussi l'inertie : elle continue de faire ce qu'elle était en train de faire : rien.

Aujourd’hui je n’ai pas retrouvé l’état paradisiaque initial. Et étrangement je ne me le souhaite pas... A la place j'ai trouvé une petite lampe que je n'échangerais pour rien au monde... et que j'allume ici et là sans en abuser, sans forcer. Tout cela est fragile, l’ego prend  sa part... je le laisse tranquille... et avec lui tout ceux qui nous invitent à nous en débarrasser.  Vouloir se débarrasser d'une partie de soi est un piège, comme le reste, y compris le chemin que j'emprunte. Mais l’ego est notre enfant blessé. Que pensez-vous qu’il va devenir si chaque fois qu’il se montre vous lui dites qu’il est laid ? 

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